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CRITIQUES DE FILMS Jean Louis REQUENA

Classé dans : CINEMA — 5 octobre, 2016 @ 4:00

REQUENA Jean-Louis

 Happy End

Film Français de Michaël HANEKE – 108’

Depuis 25 ans, Michael HANEKE nous propose des films qui nous dérangent, nous exfiltrent de notre zone de confort. Pour lui, un spectateur ne peut être passif, un simple consommateur : il faut le bousculer dans ses certitudes, dans son indifférence mère de tous les renoncements. Réalisateur, scénariste d’origine autrichienne, viennois d’adoption, la ville aimée/haï de Sigmund FREUD, il nous propose un cinéma comme révélateur des malaises de nos sociétés occidentales, recroquevillées autour de la famille nucléaire ou élargie. Une famille d’hérissons !

L’Autriche, aujourd’hui « petit pays » européen (8,6 millions d’habitants) de la Mitteleuropa a un destin particulier né de l’éclatement de l’empire Austro-hongrois des Habsbourg à la fin de la première guerre mondiale. Bien qu’il ait fortement, volontairement, à grande majorité, participé à l’expansion du nazisme (Anschluss 1938 !) il est sortit quasiment indemne de la deuxième guerre mondiale à laquelle une bonne partie de ses élites ont participé activement. Cela donne un étrange pays dont une amie allemande me rappelai cette blague à propos des Autrichiens : « ils disent que Mozart est Autrichien et Hitler Allemand !».

Ce sentiment diffus d’être par l’apparence « bonhomme » ce que l’on n’est pas, de vivre une vie lisse, qui ne l’est pas, d’être en sorte dans le déni, le mensonge, sous couvert de respectabilité est, pour nous, le moteur de l’œuvre cinématographique de Michael HANEKE (12 longs métrage depuis 1989). Nous l’avons découvert en 2001 avec La Pianiste adapté du roman homonyme de sa compatriote Elfriede JELINEK (Prix Nobel de littérature 2004) elle aussi grande pourfendeuse du conformisme autrichien. Depuis Michael HANEKE nous a proposé des films comme le Ruban Blanc (2009 – Palme d’Or au Festival de Cannes) et Amour (2012 – Palme d’Or au Festival de Cannes).

Dans le cadre de sa section « Perlas » le Festival International de San Sébastian 2017 a programmé son dernier opus que nous avons visionné dans une salle au public enthousiaste, fort éloigné de celui blasé de Cannes où il avait été présenté sans succès (sélection officielle).

De nos jour, à Calais, une famille de grands bourgeois, les LAURENT, entrepreneurs de travaux publics, vivent dans une villa particulière ou se côtoient l’ancêtre Georges (Jean-Louis TRINTIGNANT), sa fille Anne (Isabelle HUPPERT) Présidente du groupe, le fils de celle-ci Pierre (Franz ROGOWSKI), son frère Thomas médecin (Mathieu KASSOVITZ) et sa nouvelle femme Anaïs (Laura VERLINDEN). Tout ce petit monde cohabite tant bien que mal dans un confort bourgeois, mais vicié, dans l’aisance matérielle : chacun a ses petits secrets qu’il cache aux autres membres de cette famille élargie. Une petite fille de treize ans, Eve (Fantine HARDUIN) fille d’une première union de Thomas, arrive dans ce microcosme qu’elle va par son comportement (elle filme avec son portable, pirate les ordinateurs), perturber. Michael HANEKE filme dans un désordre apparent, par courtes scènes, ce film choral (pas moins de six personnages importants !) ce qui est en principe impossible dans l’art cinématographique surtout sur une durée courte (108 minutes).

 Effectivement l’exposition de tous les protagonistes exige de nombreuses séquences signifiantes qui dispersent quelque peu notre attention. D’autre part, Michael HANEKE scénariste a tenu à nous culpabiliser en nous montrant d’abord discrètement, sur la grève d’une plage du nord, puis avec insistance (ville, restaurant) des migrants errants dans la ville de Calais.

A cette réserve près, la dernière partie du film ou le puzzle familial de cette famille recomposée est achevé reste impressionnant. On retrouve le Michael HANEKE qui nous avez tant frappé par la maîtrise formelle de son film précédent Amour (2012) avec Jean-Louis TRINTIGNANT qui prolonge ici son personnage de grand bourgeois en fin de vie, à penchant suicidaire (scène hilarante avec son coiffeur).

La technologie intrusive actuelle, téléphone portable, ordinateur, tablette, etc. adoptée par des « esprits pervers » (nouveaux ou anciens), sans morale constituée, ici par une pré-adolescente, Eve, peut générer des mécanismes destructeurs, démoniaques qui annihilent les simples rapports humains.

est ce que, selon nous, décrit Michaël HANEKE dans son film sous forme de fable familiale. Il a, selon nous, pour une part, réussi par son analyse glaçante et son humour grinçant.

Faute d’amour

 Film russe d’Andreï ZVIAGUINTSEV – 127’

 Faute d’Amour est le cinquième film d’Andreï ZVIAGUINTSEV (53 ans). Nous ne cacherons pas notre admiration pour ce cinéaste russe qui depuis son premier long métrage Le Retour (2003 – Lion d’Or à la Mostra de Venise) ne nous a jamais déçu. Toute sa courte filmographie est à retenir : Le Bannissement (2007), Elena (2011 – Prix spécial de Jury au Festival de Cannes), Léviathan (2014 – Prix du scénario au Festival de Cannes). Chacun de ses films est une radiographie sans complaisance de la société russe, post-communiste, autour d’une famille banale qui évolue dans un monde difficile (Le Retour), rugueux (Le Bannissement), avide (Elena), voire carrément corrompu (Léviathan).

 Quoi de plus banal qu’un couple qui divorce ? Entre Génia (Marianna SPIVAK) et Boris (Alexeï ROZINE) la rupture est consommée. Chacun de son côté a contracté une nouvelle relation amoureuse : Génia avec Anton, riche propriétaire d’un somptueux appartement, Boris avec Masha, jeune femme déjà enceinte de ses œuvres. Reste, dans les affrontements violents du couple, un problème à régler : qui va prendre en charge Aliocha (Matveï NOVIKOV) enfant de 12 ans qui semble à la dérive devant l’inintérêt de ses parents pour sa jeune personne.

 Un enfant peut il vivre sans amour ? Aliocha, au prénom prédestiné (Les Frères KARAMAZOV – Fiodor DOSTOÏEVSKI !), délaissé, abattu, disparaît sur le chemin de l’école. Ses parents vaguement inquiets font appel aux autorités pour lancer les recherches. La police déclare abruptement qu’elle n’a ni le temps, ni les moyens de lancer cette opération. Selon ses dires, des enfants, des adultes, des vieillards, disparaissent chaque jour : c’est ainsi dans cette nouvelle société ! Quelquefois ils réapparaissent au bout de quelques jours, quelques semaines. Il est donc urgent d’attendre et de joindre pour patienter, quelques hôpitaux pour chercher le fugueur.

 Devant l’incapacité de la police, les parents, en conflit permanent décident de s’adresser à une association bénévole pour partir à la recherche d’Aliocha. L’association conduite par un chef dévoué, charismatique, lance des opérations autour des zones d’habitations que le jeune garçon parcourait pour accéder à son école. Vont-ils retrouver l’enfant mal aimé ?

 Andreï ZVIAGUINTSEV, coscénariste avec Oleg NEGUINE, décrit une société dure, égoïste et narcissique. Les parents veulent vivre une autre vie et Aliocha le fils mal aimé devient un être de trop, encombrant. Il est, de par son existence même, l’obstacle à un futur meilleur tel qu’ils se l’imaginent. Le cinéaste russe à l’image de son metteur en scène admiré, Ingmar BERGMAN (Scènes de la vie conjugale) maintient le couteau dans la plaie et nous montre ainsi, paradoxalement, par des images lisses, maitrisées (chef opérateur Mikhaïl KRITCHMAN), le désamour, la violence de l’enfer conjugal, les « dégâts collatéraux ».

 Dans l’univers de consommation qu’est devenu, semble-t-il, la société russe (séquences dans des supermarchés) l’enfant dans ce couple séparé est la « variable d’ajustement », concept cher aux technocrates de tous pays.

 Pourquoi faut-il s’embarrasser ? La vie sociale est comme une ardoise magique. Un mouvement sec et tout est effacé ! Mais fort heureusement ( ?) rien ne fonctionne ainsi. L’avenir dure longtemps.

 Faute d’amour a eu le Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, mais de l’avis des critiques françaises et internationales, il méritait mieux.

The Square

 Film Suédo-danois de Ruben Östlund – 145’

 The Square Palme d’Or au dernier Festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar est le prototype même du film qui divise la critique. Pour le titre suprême du plus grand festival de cinéma du monde, « les professionnels de la profession » attendaient 120 battements par minute de Robin Campillo, film militant, politiquement correct, sur le groupe Act Up et les ravages du sida dans le milieu homosexuel. The Square sortit vainqueur alors qu’il n’était accepté que comme challenger. Le castillan Pedro Almodovar donna les raisons de son choix et de celui du jury, lui l’homosexuel assumé. C’est une position courageuse que nous saluons car le quatrième long métrage du suédois Ruben Östlund, suite à son excellent film Snow Therapy (Grand Prix section Un Certain Regard – 2014), nous interpelle, nous pousse hors de notre zone de confort.

 Christian (Claes Bang) est conservateur du musée d’art contemporain dans le palais royal de Stockholm. Il préside à l’installation d’une exposition intitulée « The Square », un carré lumineux inscrit sur le parvis du musée qui, en principe, devrait inciter les visiteurs à la tolérance, à la solidarité, vertus cardinales en Suède. Un carré magique aux vertus altruistes du « modèle suédois » dont on nous a tant rabâché les bienfaits depuis des décennies, à nous, pays latins du sud (France, Italie, Espagne, etc.) grossiers et individualistes incorrigibles.

Pour Christian, cette belle ordonnance se dérègle lors du vol, non loin de son bureau, de son portefeuille et de son portable. Dès lors, il mène une enquête pour les retrouver aidé par Julian (Dominic West) un subordonné de couleur. Durant cette recherche, il est perturbé par une journaliste américaine Anne (Elisabeth Moss, formidable), par un duo de publicistes qui pour faire du « buzz » vont déclencher une catastrophe, et par un petit garçon hargneux d’origine étrangère (les Balkans ?) qui demande réparation : ce n’est pas lui qui a dérobé le portefeuille et le portable du conservateur. A ses tourments, s’ajoutent les problèmes posés par son ex-épouse et ses deux jeunes enfants !

 Ruben Östlund structure son oeuvre (cent quarante cinq minutes !) en longues séquences bien au delà de ce qui est, en principe, toléré dans le discours cinématographique. De fait il nous force à passer par plusieurs stades émotifs qui peuvent aller du sourire à la gène ou l’inverse. Certaines scènes s’étirent dans des durées rarement atteintes dans le cinéma de fiction. Ainsi, la performance de l’homme-singe Oleg (Terry Notary, spécialiste du comportement simiesque dans de nombreux films) bondissant dans un repas de gala s’étire sur douze minutes et nous fait passer du sentiment d’étonnement à celui de malaise. Le réalisateur use de ce procédé en très longs plans séquence avec intelligence, et de ce fait fouaille dans nos émotions en les manipulant avec adresse. Ce n’est pas si courant !

 Le film tourné en numérique (chef opérateur Fredrik Wenzel) est également intéressant par sa photographie peu contrastée, comme lisse, mais astucieusement cadrée en contradiction avec la bande son : cris, bruits aigus, bruits sourds, ou incongrus (interjections humaines, animales, bruits violents de chute, etc.) mais hors cadre ce qui ajoute de l’étrangeté aux scènes et aux propos des protagonistes. La musique vocale, bien que discrète, souligne d’une façon ironique l’articulation entre les scènes.

 D’aucun ont écrit que ce film est « une satire de l’Art Contemporain » et en définitive « réactionnaire ». Ce long métrage est certes dérangeant par moment car il décrit le subtil dérèglement d’une société permissive, tolérante, altruiste en terme de principe mais rigide dans sa réalité sociologique : en définitive chacun doit rester à sa place !

 Ce n’est pas un mince exploit, avec les outils qu’offre le cinéma, d’analyser la société en apparence apaisée, tolérante, ici suédoise, avec un humour grinçant quoique cinglant.

 Ruben Östlund a réussi, pour nous, son pari visuel et auditif qui peut déranger mais qui est salutaire au regard de nos sociétés raisonneuses et au demeurant conformistes.

Au revoir là-haut

 Film français d’Albert Dupontel – 114’

 L’historien anglais John KEEGAN dans son célèbre ouvrage « La Première Guerre Mondiale » (The First World War – 1998) parue chez Perrin en 2003, qualifia cette guerre européenne, pour une grande part, de « conflit tragique et inutile ». L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche et de son épouse, à Sarajevo le 28 juin 1914, mis définitivement en route la machine infernale qui devait brasser tant de peuples, broyer tant d’individus, et faire neuf millions de morts militaires.

 En 2013, Pierre Lemaitre, un auteur de roman policier jusqu’à lors peu connu, obtient coup sur coup Le Grand Prix de l’Académie Française, Le Prix Femina et enfin le prestigieux Prix Goncourt pour son ouvrage « Au revoir Là-haut ». Quelle est donc l’histoire que raconte cet auteur qui lui vaut tant de reconnaissances, de récompenses ?

 C’est ce livre qui est le support scénaristique du film éponyme d’Albert Dupontel.

 En 1919, deux anciens Poilus, Edouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart), fils de la haute bourgeoisie rejeté par son père et Albert Maillard (Albert Dupontel), modeste comptable sont ignorés, rejetés par la société française inaugurant alors les « Années Folles ». Edouard dessinateur de génie a sauvé, juste avant l’armistice du 11 novembre 1918, d’une mort certaine, Albert enseveli dans un cratère d’obus. Lors de cette action héroïque il est gravement défiguré par une explosion. De fait, il devient ce que la « vox populi » nomme une « gueule cassée ». Après guerre, il navigue d’hôpital militaire en hôpital dans l’indifférence générale et tente de se supprimer ne pouvant assumer son malheur. Son ami Albert qui lui doit la vie, le sauve in extremis de cet enfer de douleur et d’indifférence.

 Les deux amis écoeurés par la société frivole de l’après guerre décident de conjuguer leurs talents, l’un de dessinateur, l’autre de vendeur pour monter une escroquerie aux monuments aux morts que l’on érige dans les villes et villages de France. Songez 36.000 communes ! Marché énorme, arnaque potentielle gigantesque ! Une autre tromperie sur les militaires disparus (plus de 200.000 !) montée par leur ancien lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle (Laurent Lafitte), aristocrate sans scrupule vient compléter les entrelacs de ce récit foisonnant et rythmé.

 Albert Dupontel après les années d’apprentissage de son métier de comédien de théâtre (élève d’Antoine Vitez, pas moins !) s’est lancé dans le grand bain du cinéma avec son premier film « Bernie - 1996». Depuis, cinq longs métrages se sont succédés, tous innervés par l’énergie de leur auteur. Albert Dupontel est toujours coscénariste avec son humour grinçant, ses folies, ses moments de burlesque pur digne des « deux bobines » du cinéma muet (moyen métrage burlesque). Son avant dernier film « 9 mois ferme -2013 » parabole hilarante sur la dialectique voyou/justice avec Sandrine Kiberlin, juge, future mère indigne, nous avait beaucoup plu et a connu un grand succès populaire (2 millions d’entrées en France !).

 Ce cinéaste au parcours singulier, est également coproducteur de ses films, en marge de la production filmique hexagonale (routine de comédies, familiales, sociétales, à caractères convenus). Il propose des sujets détonants, déroutants, qu’il relate avec une énergie soutenue.

 Son film en sélection officielle au dernier Festival International de San Sébastian (cinq films français en compétions officielle sur dix-huit !) a eu un grand succès populaire lors de sa projection bien qu’absent au palmarès. Notons toutefois, qu’Albert Dupontel, de mauvaise humeur, avait sabordé la conférence de presse d’après film en quittant la tribune précipitamment. C’est un homme de caractère et cela nous convient.

 La rudesse de l’univers cinématographique avec ses contraintes, économiques, artistiques, relationnelles, n’est pas faite pour les êtres tendres. C’est cette fureur de raconter, de filmer rageusement en de courtes séquences qui irradient l’œuvre cinématographique d’Albert Dupontel (six films à ce jour) et qui nous ravit.

 Un cinéaste français hors des chemins balisés et qui mérite notre attention.

                                 JEAN LOUIS REQUENA

 

VOYAGE A CUBA

Classé dans : CINEMA,Non classé — 30 juillet, 2017 @ 4:17

EN COURS

VOYAGE A CUBA 

En l’absence, cette année  du festival du film français,  J.PRODUCTIONS  organise un séjour pour ses adhérents de 10 jours à CUBA.

Ce projet comprend un séjour de 2 jours à la HAVANE avec visite de la vieille ville,1 jour VALLEE de VINALES visite grotte de l’indien, fin du séjour BALNEAIRE à VARAREDO.

Le groupe actuel comprend 12 personnes .Les réservations ont été faites auprès de AIR-FRANCE

Les maquettes ci-dessous vous indiquent les conditions de participation(clic dessus pou agrandir)

Pour plus de détails : TLPH 05 56 08 29 14 ; j.production@wanadoo.fr

 

CUBA2018-P1-4

CUBA2018-P2-3

 

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