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Archive pour octobre, 2016

CRITIQUES DE FILMS Jean Louis REQUENA

Posté : 5 octobre, 2016 @ 4:00 dans CINEMA | Pas de commentaires »

REQUENA Jean-Louis

 Maria by Callas

 Film français de Tom Volf – 113’

 En 2013, le jeune Tom Volf vivait à New-York et ne connaissait pas Maria Callas (1923 – 1977), de son vrai nom : Anna Maria Sofia Cecilia Kalogeropoulou. En cherchant sur You tube, incontinent robinet à images d’internet, d’autres interprétations féminines de l’opéra Maria Stuarda de Donizetti, il tombe sur celle de Maria Callas. A partir de ce moment, comme tant d’autres avant lui, il s’enflamme pour la « Diva Assoluta ». Il amasse les enregistrements de toutes sortes, sonores, visuels, et part à la recherche de ceux, encore de ce monde, qui ont connu la cantatrice décédée à Paris, il y a près de 40 ans.

 Méticuleusement, il collationne les documents audiovisuels de la longue carrière de la Callas (1940 à 1973 approximativement) sur tous les supports existants : films argentiques aux formats 8 mm, super 8 mm, 9,5 mm, 16 mm, caméscope, bandes VHS, etc… C’est à partir de ces matériaux disparates, en respectant les formats qu’il monte son documentaire biopic selon un ordre chronologique. L’interview de David Frost réalisée en 1970 avec une Maria Callas belle, rayonnante, comme apaisée, sert de « fil rouge » au déroulement de sa vie tumultueuse.

 Une bibliothèque entière serait nécessaire pour ranger les livres, de toute provenance, qui ont été édités sur son parcours artistique et personnel. De son enfance malheureuse au Etats-Unis où elle est née (1923), à son arrivée en Grèce (1937) ou elle perfectionne son don vocal auprès d’Elvira de Hidalgo sa professeur vénérée, à son retour malheureux au Etats-Unis (1945), et enfin, à son éclosion en Italie (1947) grâce à la « vista » du maestro Tullio Serafin. On croit tout connaître d’elle, alors qu’elle même affirme peu se comprendre « il y a en moi Maria et Callas » énonce-t-elle en préambule dans son interview par David Frost. La cantatrice à la « voix si reconnaissable » qu’elle est, à coup sûr, reconnue des non mélomanes : c’est une icône du XXème siècle ! Cette femme finalement mystérieuse à elle même et aux autres qui semblait vouloir aspirer à la normalité, une vie domestique, un mari, des enfants, a enchanté les foules comme Marilyn Monroe à laquelle elle ressemble à bien d’égards : Enfance malheureuse, mariages ratés, idylles tronquées (Aristote Onassis, etc.), mort subite.

 Tom Volf aurait pu comme tant d’autres cinéastes se faire « dévorer » par son sujet tant la personnalité écrasante de la cantatrice, l’abondance des sources sonores, visuelles, sont de fait difficiles à ordonner sans procurer aux spectateurs des sensations contradictoires de vides et de trop pleins : du manque à la saturation. Pour éviter cela il faut avoir un « point de vue » et s’en tenir. C’est ce que fait le jeune cinéaste en s’alignant sur une stricte chronologie qui évite les dispersions, les atermoiements, de la vie professionnelle et personnelle particulièrement mouvementée de la « Diva Assoluta ».

 Ce long métrage qui malgré sa durée, près de deux heures, a enchanté le public lors de sa première projection, quel que soit le degré de connaissance musicale de ce dernier.

 Tout un chacun à son niveau, peut se reconnaître dans la vie passionnante, cabossée, de Maria Callas. Tom Volf a su éviter les pièges du genre documentaire biopic en général pieusement respectueux et passablement ennuyeux.

La vie de cette icone moderne, toujours adulée (les multiples coffrets audiovisuels commémoratifs se vendent par milliers), que sa mère houspillait, mais n’est-ce pas là une distorsion du « roman familial », dit d’elle : « j’étais un vilain petit canard, grosse, maladroite et mal-aimée » est une dilection à la musique, un culte au « bel canto », un hymne à l’amour terrestre tout simplement.

La Fiancée du désert

 Film argentin de Cécilia Atan et Valeria Pivato – 78’

 Teresa (Paulina Garcia) est une domestique de 54 ans qui a toujours travaillé pour ses maitres à Buenos-Aires. Elle a, en autre, élevé le fils de la famille de ses employeurs. Mais un jour on lui annonce qu’elle doit quitter cette maison et partir au Chili, pour y retrouver une autre place. Les habitants de Buenos-Aires nomment le reste de leur vaste pays « el extérior » (l’extérieur) car pour eux hors de la mégalopole (13 millions d’habitants !) c’est le vide du nord au sud.

 Teresa avec son maigre bagage qui rassemble tout ses biens, prend son car pour le Chili. Le car tombe en panne dans le désert de San Juan à proximité d’une localité connue car celle ci est dédié à Deolinda Correa sorte de sainte laïque morte d’épuisement mais dont son bébé a survécu en tétant le lait de sa défunte mère. Dans cet endroit cultuel et païen Teresa tourneboulée par une brusque tempête perd son bagage dans le minibus d’un commerçant : El Gringo (Claudio Rissi). Démunie de tout mais animée d’une volonté farouche elle part à la recherche de son maigre viatique qu’elle a égaré chez El Gringo, personnage massif, volubile, extravagant.

 C’est cette quête, non pas du Graal, mais d’un simple sac que narre le premier film des réalisatrices argentines, Cécilia Atan et Valeria Pivato. Teresa va rencontrer dans son périple, sorte de mini odyssée dans un paysage désertique, un peu fantastique, des gens peu ordinaires, aux trajectoires fantasques, qui survivent dans un environnement hostile : le désert de San Juan.

 C’est un road-movie attachant sublimée par une actrice Chilienne fort connue, Paulina Garcia qui a obtenu le Prix d’Interprétation au Festival de Berlin en 2013 pour Gloria de Sebastian Lelio. Elle porte avec détermination et malice le film sur ses épaules.

 La brièveté inaccoutumée du film, un heure dix huit est parfaite, car de fait elle nous épargne les scènes explicatives voire répétitives, le scénario étant simple, linéaire, et ne demandant pas de longs développements inutiles : c’est un cinéma à hauteur d’homme ou plutôt ici a hauteur de femme. C’est un court long métrage à caractère visuel magnifié par la photo du chef opérateur Sergio Armstrong.

Une phrase résume les intentions de deux réalisatrices « c’est seulement en traversant le désert que l’on se trouve soi-même ». Ce n’est pas qu’un film de femmes, c’est un film humain. Le parcours physique, spirituel, d’une cinquantenaire qui retrouve les saveurs de la vie après une longue parenthèse « désertique ».

 Le film a été présenté en sélection officielle Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes.

 A Ghost Story

 Film américain de David Lowery – 92’

 Un jeune couple aménage dans une vieille maison en bois du sud des Etats-Unis. La nuit ils sont réveillés par des bruits incessants, suspects. La maison semble hantée mais aucun indice évident ne permet de l’affirmer. Peu de temps après, l’homme (Casey Affleck) se tue dans un accident de la route. Sa femme (Rooney Mara) vient reconnaître son corps à la morgue : l’infirmière soulève le drap blanc pour l’identification puis le rabat. L’épouse repart éplorée, dévastée par le chagrin : c’était un couple très aimant. Un long plan fixe éloigné reste sur le cadavre. Soudain ce dernier se redresse, puis lentement chemine auprès des vivants qui s’affairent et sort comme en glissant de l’hôpital : c’est un fantôme que nul humain ne perçoit !

 Le spectre avec sa grande traîne blanche, deux trous noirs à la place des yeux, surgit dans la vielle maison qu’il hante de pièces en pièces à proximité de sa femme éperdue de douleur. La vie continue, le temps s’écoule en une temporalité circulaire qui fait son ouvrage de délitement : sa femme refait sa vie et disparait, de nouveaux habitants bruyants emménagent puis partent, d’autres s’installent. Les vivants oublient les morts.

 C’est une œuvre cinématographique peu banale que nous propose le jeune réalisateur américain David Lowery (36 ans !) après un blockbuster pour la firme Disney Peter et Elliot le dragon (2016). Le projet pour le moins ambitieux est de nous raconter les vivants vus par un mort ou tout du moins par son spectre. Le metteur en scène prend le parti radical d’éviter la pluie de dollars de son opus précédent chez Disney : son budget est modeste pour une production américaine, pas de plan spectaculaire, d’effets spéciaux, de musique redondante. C’est de l’artisanat qui renvoi aux premiers temps du cinéma : une histoire simple racontée en images. Il fixe des cadres explicites où le spectre revêtu d’un simple drap blanc, son linceul ( ?), circule librement sans apparaître au monde des vivants. C’est un tour de force d’une grande efficacité narrative malgré sa simplicité formelle. La vie, la mort des êtres, la destruction, les objets qu’observe le fantôme impassible ne sont que de longs cycles vitaux. Par sa mise en scène parfois statique (long plans fixes dérangeants) et souvent dynamiques (travellings à travers les pièces de la maison) nous traversons avec le non être au drap blanc l’espace et le temps. La structure de ce récit cinématographique est une boucle : l’exposition contient la fin et la fin résume l’exposition.

 David Lowery nous assène une sorte d’ovni (scénario, réalisation) ambitieux. Avec le concours de son chef opérateur, Andrew Droz Palermo, il nous propose une image quasi carrée (format 1.37) à bouts arrondis telle qu’elle existait au début des années 1930 lors de l’éclosion du cinéma parlant. Du coup ce vieux format inusité de nos jours (nous sommes habitué aux formats larges 2.0 voire 2.20) enserre les personnages, le fantôme, dans une promiscuité dérangeante, vie/mort, que nous spectateurs ressentons. C’est l’acmé du cinéma de qualité : le visionnage génère des émotions qui nous sont propres et que nous partageons avec d’autres inconnus dans un lieu unique (salle de projection).

 Dès lors, nous comprenons que ce long métrage au « point de vue » affirmé puisse déranger et pour finir déplaire car éloigné des propositions cinéphiliques courantes. Mais il n’en reste pas moins une alternative intéressante, peu courante, courageuse, dans le flot incessant des films qui occupent les écrans (près de 700 en 2017 !).

 Ce long métrage qui n’était pas destiné à une exploitation dans les salles françaises (sortie prévue directement en vidéo) a été présenté au Festival du Film Américain de Deauville 2017 où il a moissonné pas moins de trois prix : Prix du jury, Prix de la Critique Internationale, Prix Kiehl’s de la Révélation.

 The Florida Project

 Film américain de Sean Baker – 112’

 The Florida Project est né de l’observation du coscénariste, Chris Bergoch, lors de l’installation de sa mère à Orlando (Floride) à proximité du Walt Disney World Resort, le plus important parc de loisirs du monde (11.000 hectares !). Aux alentours de ce « Royaume Enchanté », cher à Walt Disney, son « génial inventeur », sont implantés dans un entrelacs d’autoroutes bruyantes et d’un aérodrome, des motels aux murs multicolores ou survit une population précaire, désargentée, loin du « rêve américain » pourtant si proche .

 De petits enfants délurés, Moonee, Scooty, Jancey, errent dans les coursives de ces motels, sur les parkings, et font les 400 coups à la première occasion. Moonee, 6 ans (Brooklyn Kimberly Price), dotée d’un sacré caractère, mène sa petite troupe à un train d’enfer que ne peut refréner le gérant « bon enfant » Bobby (William Dafoe), ni sa jeune mère caractérielle et déjantée Halley (Bria Vinaite). Rien ne peut arrêter cette petite troupe qui court entre « The Future », pavé de béton brut recouvert d’une peinture jaune et le « Magic Castle » aux couleurs mauves. Chaque petit appartement, sorte de cellule, de ces manoirs peinturlurés, renferme un drame social venu s’échouer à quelques encablures de l’entrée du « Royaume Enchanté ».

 C’est le règne de la débrouillardise, de l’existence au jour le jour. Chacun fait comme il peut avec de petits boulots au fast-food du coin, voire comme la mère de Moonee par la vente de produits frelatés aux abords des grands hôtels, et enfin par de la prostitution occasionnelle. C’est un univers désespérant, poisseux, glauque, à un jet de pierre du « Rêve Américain » tel qu’il est proposé en diffusion continu par les networks (chaînes locales de télévisons).

 Sean Baker, coscénariste a procédé à de longs repérages sur les lieux mêmes afin de « coller » au plus de la réalité de cette humanité vivant non loin de ce parc de loisirs, temple de la sous-culture de masse. A part William Dafoe grand acteur, toute la distribution est composée de non-professionnels. C’est un miracle car rien n’est plus difficile que de faire « jouer » des enfants sans qu’ils ne soient faux ou cabotins. Sean Baker (46 ans) en cinéphile averti a visionné de nombreux films avec des enfants : les 400 coups (1959), l’argent de poche (1976) de François Truffaut, Ponette (1996) de Jacques Doillon, etc. Il dirige les enfants à merveille en s’adaptant à leur rythme physiologique par des longs plans séquences, un minimum de découpage, ce qui génère une fluidité du récit cinématographique ponctué de quelques scènes statiques dans un univers clos : les sombres appartements. La scène finale, outre son ingéniosité de mise en image, est bouleversante.

 Sean Baker est un jeune cinéaste américain à suivre car il démontre, pour son cinquième long métrage, une maitrise de son art sur le plan de l’écriture scénaristique, de la direction d’acteur, ici pas évidente, et du filmage (film argentique 35 mm.)

 Florida Project a été présenté au dernier Festival de Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs.

Jean-Louis  REQUENA

 

 

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